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ON REFAIT L'EXPO ...

"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN

"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN

Avant d'attaquer "Rodin l'exposition du centenaire" au Grand Palais et "la porte de l'Enfer", superbe expo visitée en décembre 2016 au musée Rodin,  je reviens sur un autre chef d'oeuvre d'Auguste Rodin, le "Monument à Balzac".

 

Pour info, tous les textes utilisés ci-dessous sont extraits d'un hors-série du Figaro consacré à Rodin en 2016.

 

 

 

La résultante de toute une vie, le pivot même de mon esthétique"

Rodin

 

« Cette œuvre, dont on a ri, qu’on a pris soin de bafouer parce qu’on ne pouvait pas la détruire, c’est le résultat de toute une vie, le pivot même de mon esthétique » avouait en juillet 1908 Auguste Rodin dans Le Matin, à propos de son Monument à Balzac. Une sorte de profession de foi dans le bien-fondé et l’importance de la statue présentée dix ans plus tôt au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts.


A l’époque très controversée, cette sculpture sera à ses yeux son « enfant chéri ». Le paradoxe ? Elle est pour lui le sommet de son art, mais restera pourtant un « chef d’œuvre refusé ». Elle marque, quoi qu’il en soit, une charnière dans toute son œuvre mais aussi dans l’histoire de l’art, ouvrant la voie à la sculpture contemporaine.

Balzac au musée Rodin
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
Balzac by night
Balzac by night

Balzac by night

La société des gens de lettres (SGDL) avait, à l’origine, passé commande de l’effigie du grand écrivain, mort quarante ans plus tôt, en 1850, au sculpteur Henri Chapu. Le malheureux meurt en avril 1891, ne laissant derrière lui que des esquisses. Président de la prestigieuse institution, Emile Zola souhaite confier à Rodin le projet de monument. Les autres membres n’y sont pas favorables, préférant un artiste plus classique : Marquet de Vasselot. Zola passe en force. Il ne connait pas bien Rodin, mais il sait qu’il fera une effigie puissante. Et pour Balzac, à qui il voue une grande admiration, il n’en faut pas moins !


Rodin travaille déjà à cette époque sur le Monument à Victor Hugo et toujours sur La Porte de l’Enfer. Il accueille la nouvelle avec enthousiasme et s’engage à livrer la sculpture dans les dix-huit mois. Très investi, il s’imprègne de la figure de l’écrivain, pour comprendre « la dynamique de son modèle, le frémissement de sa vie ». Il fouille tous les portraits de Balzac, lit ses romans et enquête même auprès de son ancien tailleur. Mais Rodin a besoin de plus de temps. Il repousse son délai de livraison. La SGDL s’impatiente. Elle lui demande de rembourser une partie des avances. Pour retrouver sa liberté de création, le sculpteur accepte, et se lance dans un travail intense qui durera sept ans, et prendra parfois figure de calvaire. Il hésite, tâtonne, toujours en quête d’une nouvelle idée, d’un nouveau mouvement. Les études se succèdent. Sans cesse, il corrige, épure.

Article "Laboratoire de la création" partie sur Balzac 2015
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN

Le corps est aussi l’occasion de recherches infinies : des nus, des jambes écartées ou serrées, des tentatives de multiples drapés avec robe de chambre ou redingote. Rodin hésite à représenter Balzac en tenue de ville ou dans celle que l’écrivain préférait pour travailler : une robe de chambre inspirée de la robe de bure des chartreux, dans laquelle il a écrit La Comédie Humaine. Dans ce costume, « je me transforme en bourreau de travail, en galérien des lettres », confiait le romancier.
 

Rodin fait plusieurs essais. Il plonge un manteau dans du plâtre et l’installe au milieu de son atelier. Il n’entend pas représenter Balzac comme un écrivain lambda, habillé en costume contemporain, une plume à la main. Il veut un Balzac saisi dans le vif de l’énergie créatrice pour mettre en scène la puissance du génie littéraire. Montrer qu’il est « avant tout un créateur, et c’est l’idée que je  souhaiterais faire comprendre dans ma statue », écrit-il en décembre 1891. En janvier 1892, Rodin propose trois maquettes au comité de la SGDL. Qui préfère un Balzac en robe de moine plutôt qu’en redingote. Le sculpteur en convient et pense même que ce sera un atout car l’habit masquera les formes disgracieuses du corps de Balzac, champion de tous les excès.

Les maquettes vont se succéder pour tendre, de plus en plus, à la simplification et aboutir au modèle agrandi du Balzac monumental. Un long travail bien mal récompensé.

Exposé au salon de la Société nationale des beaux-arts en 1898, l’œuvre provoqua en effet un véritable scandale et déchaina les sarcasmes, avant d’être refusée par ses commanditaires qui s’adressèrent  alors à un troisième sculpteur « bien comme il faut » : Falguière. La critique fut assassine, qualifiant l’œuvre tantôt « d’étrange monolithe », tantôt de « statue de sel » ou de figure tartinée d’une cervelle. La SGDL se refusait à reconnaitre Balzac dans la statue.

L’œuvre tant décriée fut tout de même défendue par certains sculpteurs, peintres, hommes de lettres, critiques, amis de l’artiste comme Gauguin, Oscar Wilde ou même Camille Claudel qui écrira un mot de soutien à son ancien amant alors même qu’elle essayait d’échapper à tout prix à son influence. Il n’empêche ! Rodin est meurtri.

Pour lui, ce scandale est un choc, même s’il ne doute cependant pas de son œuvre. Il retire la statue du salon, l’emporte dans sa villa de Meudon. Et annonce par voie de presse qu’elle « ne sera érigée nulle part ».

En 1908, un jeune photographe américain, Edward Steichen, fasciné par le travail de Rodin, prend des photos magnifiques du monument dans le jardin de Meudon, la nuit. The silhouette, éclairée par la lune, s’élance vers le ciel. En les découvrant, Rodin remercie le photographe d’avoir sorti sa sculpture de la clandestinité et surtout de l’avoir compris.

"The silhouette"
"The silhouette"

"The silhouette"

Balzac au musée d'Orsay
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
Balzac Boulevard Raspail

L’artiste ne verra cependant jamais son Balzac édité en bronze. Ce n’est qu’en 1939 que fut inauguré le fameux monument qui s’élève à l’angle des boulevards Raspail et Montparnasse à Paris. Aujourd’hui encore, telle une figure de proue, il domine le flot des passants de sa forte stature.

"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN
"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN"Le monument à BALZAC" d'Auguste RODIN

 

La robe de chambre

Le sculpteur François Pompon, à l’époque chef d’atelier de Rodin, raconte l’avoir vu plonger sa pelisse dans une bassine de plâtre et en habiller son étude de nu, qui faisait ainsi office de portemanteau. La manteau a ensuite été rigidifié et isolé pour ne pas accrocher dans le moule. Puis, le corps du modèle a été éliminé à l’exception des pieds, peut-être même au cours du moulage. La genèse de cette œuvre reste en réalité assez énigmatique.

Ce qui en fait la beauté, ce sont les manches flottantes, vides, sans bras ou main apparente. Cette absence physique du corps a une portée symbolique. Elle accentue l’idée d’enveloppe que représente ce manteau, surnommé « le manteau du génie ».

Cette version finale de la Robe de chambre, exposée désormais à l’hôtel Biron, est aujourd’hui considérée comme une œuvre à part entière, unique et emblématique par son audace et sa modernité. Elle est comme « un bloc, un rocher, un monolithe » (Gustave Geffroy, 1898), dont les lignes verticales nous entraînent vers le visage.

"Robe de chambre de Balzac" 1897, musée Rodin, exposée au Grand Palais lors de l'exposition du centenaire

"Robe de chambre de Balzac" 1897, musée Rodin, exposée au Grand Palais lors de l'exposition du centenaire

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