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ON REFAIT L'EXPO ...

Sur les traces de PICASSO, MODIGLIANI et les autres à Montparnasse

Sur les traces de PICASSO, MODIGLIANI et les autres à Montparnasse

Balade dans le quartier de Montparnasse, au début du XXème siècle,

avec Picasso, Modigliani, Soutine, Bourdelle, Zadkine, la Rotonde, le Dôme ...

 

En lisant des extraits du livre BOHÈMES de Dan FRANCK.

Sur les traces de PICASSO, MODIGLIANI et les autres à Montparnasse

De l'autre côté de la Seine, les Sacré-cœur n'existent pas.
Au passage du siècle, le Mont Parnasse était le royaume
des écuries, des fermes, de quelques fêtes foraines plantées à
l'angle des boulevards, des troupeaux de chèvres allant le long
des rues.

Vivaient là des hommes de lettres plutôt que des hommes
d'images, beaucoup de poètes en noir, peu de peintres en bleu,
une sagesse assise entre les académies de peinture et les immeubles en pierres de taille et portes cochères. Montparnasse campait sur des positions schizoïdes : la bourgeoisie marchait dans le crottin. Elle n'avait aucun monument où se recueillir.

Les couleurs de l’endroit étaient celles de la poésie. Naguère
les étudiants montaient du Quartier latin pour déclamer des
vers sur ces hauteurs encombrées des déjections des carrières
proches. Puis ce furent les garçons de ferme et d’écurie, les
maraîchers, les ouvriers travaillant au percement du boulevard
Raspail.

Il y avait aussi quelques sculpteurs : les jardins et les entre-
pôts leur offraient l’espace nécessaire à leur travail. Ils profi-
taient également de l’aménagement des immeubles. Les
architectes avaient construit des bâtisses bourgeoises pour les
bourgeois, et, dans les cours, des ateliers d’artistes pour les artis-


______


tes : verrières et lucarnes propices à la lumière, grande hauteur
sous plafond afin que les œuvres puissent être jugées et obser-
vées de haut. Nombre d’ateliers avaient également pris la place
des fermes, divisées et dotées de larges verrières.

Montparnasse s’était donc ouvert aux Beaux-Arts. Le quar-
tier comptait des académies de renom : celle de Bourdelle
notamment, dont l’enseignement était plus libre que celui de
maîtres officiels ; des encadreurs et des marchands de peintu-
re ; quelques marchés aux modèles qui se tenaient à la porte
de l’académie de la Grande Chaumière ou à l’angle de la rue
du même nom et du boulevard de Montparnasse : des boxeurs,
des dactylographes, des ouvrières – beaucoup d’Italiens, moins
pudiques que les autres.

Montparnasse avait aussi ses Bateau-Lavoir. Il s’agissait de
cités d’artistes où les locataires venaient, partaient, revenaient,
au gré des pièces de leur porte-monnaie. Il y avait l’impasse du
Maine, où sculptait Bourdelle. Il y avait la cité Falguière, qu’on
appelait aussi la Villa rose en raison de la couleur de ses murs.
Foujita y vécut, et Modigliani, qui fut expédié au loin par la
propriétaire, madame Durchoux, pour paiement de loyer trop
souvent différé.

Il y avait surtout la Ruche, qui dressait sa rotonde Impasse
de Dantzig. Elle était l’un des lieux les plus importants de
Montparnasse. Tous les artistes y firent au moins un tour ;
beaucoup y restèrent. La Ruche était le Bateau-Lavoir des pein-
tres juifs venus des pays de l’Est.

Dan FRANCK Bohèmes - chapitre « La Ruche »

Rue de la Grande Chaumière
Rue de la Grande ChaumièreRue de la Grande Chaumière
Rue de la Grande ChaumièreRue de la Grande Chaumière

Rue de la Grande Chaumière

Ci-dessus "La Closerie des Lilas"; en haut la statue du Maréchal Ney et le restaurant "Le Bal Bullier" aujourd'hui avenue de l'ObservatoireCi-dessus "La Closerie des Lilas"; en haut la statue du Maréchal Ney et le restaurant "Le Bal Bullier" aujourd'hui avenue de l'Observatoire
Ci-dessus "La Closerie des Lilas"; en haut la statue du Maréchal Ney et le restaurant "Le Bal Bullier" aujourd'hui avenue de l'Observatoire

Ci-dessus "La Closerie des Lilas"; en haut la statue du Maréchal Ney et le restaurant "Le Bal Bullier" aujourd'hui avenue de l'Observatoire

Jusqu’à la guerre, les peintres de la Ruche ne croisaient pas
leurs couleurs avec celles des artistes du Bateau-Lavoir. Un
fleuve séparait les deux mondes. Quand la bande de Picasso
traversait la Seine, c’était surtout pour rencontrer les hommes
de plume amis de Guillaume Apollinaire. Car Montparnasse
bruissait du murmure des poètes. Les rimailleurs étaient tou-
jours les rois de l’endroit, et les gribouilleurs encore à leurs
basques. Montparnasse ne vivait pas aux rythmes conjugués du
Dôme et de la Rotonde, mais à la cadence versifiée de la Close-
rie des Lilas.

La Closerie est le premier de tous les cafés qui firent la répu-
tation du quartier. Jadis, elle était un simple relais sur la route
de Fontainebleau. Sa gloire et son nom lui virent de sa pro-
miscuité avec le bal Bullier. Celui-ci était situé avenue de l’Ob-
servatoire, en face du Luxembourg. Jusqu’à la guerre, on y
dansa au milieu des lilas. On allait ensuite se rafraîchir dans le
petit bistrot qui, en haut du boulevard, mêlait Saint-Michel à
Montparnasse, les étudiants et les artistes. Ils furent nombreux
à trinquer à l’ombre de la statue du maréchal Ney, fusillé ave-
nue de l’Observatoire après l’Île d’Elbe, rapportée à l’ombre
du café au moment de la construction du chemin de fer de
Sceaux.


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La Closerie fut l’un des camps retranchés du dreyfusisme.
Elle devint aussi la base arrière du Flore, où Charles Maurras
réunissait ses Camelots. Y virent également Monet, Renoir,
Verlaine, Gide et Gustave le rouge ; enfin, un poète dont le
rôle fut essentiel dans la rencontre des arts de Montmartre et
de Montparnasse : Paul Fort.

Aujourd’hui, ses Ballades françaises ne font plus chanter
grand monde, à l’exception des quelques-unes :

Le p’tit cheval dans le mauvais temps, qu’il avait donc du cou-
rage !

Chapitre « Ubu roi »

Le Bal Bullier à l'époqueLe Bal Bullier à l'époque

Le Bal Bullier à l'époque

Sonia Delaunay "Le Bal Bullier" du centre Pompidou

Sonia Delaunay "Le Bal Bullier" du centre Pompidou

La Closerie des Lilas et une boutique, boulevard du Montparnasse (entre Vavin et Port-Royal)La Closerie des Lilas et une boutique, boulevard du Montparnasse (entre Vavin et Port-Royal)

La Closerie des Lilas et une boutique, boulevard du Montparnasse (entre Vavin et Port-Royal)

La Rotonde
La Rotonde

La Rotonde

...

Ici, la Closerie des Lilas ne mène plus la danse. Elle s’est
embourgeoisée. Le pastis est passé de six à huit sous. Par
mesure de représailles, peintres et poètes sont descendus voir
plus bas. Ils ont poussé les portes de deux bistrots solidement
ancrés de part et d’autre d’un carrefour assez large : le Dôme
et la Rotonde. Le premier a ouvert quinze ans avant l’autre. Il
est composé de trois salles où les Allemands, les Scandinaves
et les Américains jouent au billard. Le second compte deux
avantages : une machine à sous et une terrasse exposée au
soleil. Bientôt, il s’agrandira, avalant ses voisins, le Parnasse et
le Petit Napolitain. C’est là que les artistes se retrouvent pour
conspuer le Kaiser.

Ce 2 août, le carrefour Vavin ressemble à tous les autres. Sauf
que, côté sud, c’est la fête ; côté nord, c’est la défaite. La
Rotonde a fait le plein. En face, le Dôme est vide. Les Alle-
mands ont délaissé le tapis vert. Désormais, ils arborent le
casque à pointe sur l’autre versant de la frontière. Les rapins,
qui jusqu’alors croyaient que l’art n’avait pas de frontières, ont
tristement raccompagné leurs amis germains au seuil des voies
de chemin de fer où les a convoqués l’empereur Guillaume. Ils
sont partis pour Berlin ou Zurich. Sous les hués des foules.



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En 1917, on ira jusqu’à renommer l’eau de Cologne en eau
de Louvain, les bergers allemands en bergers alsaciens, la rue
de Berlin en rue de Liège, la rue Richard-Wagner en rue Albé-
ric Magnard. « J’espère bien qu’à la paix, on débaptisera la rue
de la Victoire », conclut Paul Léautaud, scandalisé.

La Rotonde échappe quelque peu à la règle : le nationalisme
y est moins féroce qu’ailleurs. Tandis que les armées défilent,
le père Libion, propriétaire en titre et en fonds du café, offre
à boire depuis le matin. Il distribue à ses artistes les multiples
plaisirs que renferment ses caves. Une main à la hanche et l’au-
tre vérifiant l’angle de sa moustache, tout de gris vêtu selon
son habitude, il observe les troupes qui remontent le boule-
vard. Sur les bordures, les dames lancent des fleurs aux piou-
pious. Les officiers, en tuniques noires et pantalons rouges,
saluent martialement. La Marseillaise abreuve tous les sillons.

Au passage de la Rotonde cependant, les notes se font plus
aigres et les paroles virent de bord. La troupe et les badauds
conspuent ses hommes jeunes qui boivent à la santé des mar-
ches militaires mais qui, en guise d’uniforme, arborent des che-
mises multicolores ouvertes sur des peaux pas de chez nous.
Et retentit ce cri maurrassien qui écorchera encore les oreilles
du siècle finissant : « dehors les métèques ! ».

Chapitre « 2 août 1914 »

Le Dôme

Le Dôme

La Rotonde et le DômeLa Rotonde et le Dôme
La Rotonde et le DômeLa Rotonde et le Dôme

La Rotonde et le Dôme

 

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