Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

ON REFAIT L'EXPO ...

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !

Suite du "Quelle belle année 1971 du mois d'Avril" avec le focus sur ce chef d’œuvre des ROLLING STONES !

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !

THE ROLLING STONES "Sticky Fingers"

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !

Sticky Fingers est un album studio des ROLLING STONES. Il est sorti le 23 avril 1971, 4 jours après le "L.A. Woman" des DOORS, il a donc 50 ans (et toutes ces dents !!).

Il est le premier album réalisé pour leur propre maison de disques, Rolling Stones Records, ainsi que le premier avec Mick Taylor comme membre du groupe à part entière.

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !

Comme pour le "Melody Nelson" de Serge Gainsbourg, je commence par la chouette chronique de STAN CUESTA dans le magazine ROCK & FOLK Hors-Série n°34 de fin 2016.

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !
Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !

Ce disque est une montagne, un truc incontournable, les tables de la loi du rock selon les Stones. « Sticky Fingers » va traumatiser des générations de musiciens. Les Stones inventent ici un son unique, magique.

Stan Cuesta

Chronique ROCK & FOLK HS n°34 ROLLING STONES “Sticky Fingers” par Stan Cuesta

Les années soixante sont mortes et enterrées, et les Rolling Stones sont à un tournant de leur carrière. Tout d’abord, Mick Taylor fait entièrement partie du groupe, et ça s’entend. Ensuite, ils fondent leur propre label et entament les années 70 avec ce chef d’œuvre, un classique, sous cette mythique pochette signée Andy Warhol. Ce disque est une montagne, un truc incontournable, les tables de la loi du rock selon les Stones. « Sticky Fingers » va traumatiser des générations de musiciens. Les Stones inventent ici un son unique, magique. Définitivement libéré des clichés rock-blues, Keith Richards devient lui-même et trouve son style, souvent imité, jamais égalé, fait d’accords cradingues lâchés comme lui seul saura jamais le faire, qui se marie délicieusement avec celui de Mick Taylor, léché, précis, mélodique : il faut bien avouer qu’on a beaucoup perdu avec le brave Ron Wood. « Sticky Fingers » est donc, entre autres, une véritable encyclopédie de guitares. Les acoustiques sont particulièrement superbes, comme sur ce « Wild Horses » qu’on dit fortement influencé par Gram Parsons avec lequel Keith traînait beaucoup à l’époque, sur le poignant « Sister Morphine » (dont les paroles sont enfin officiellement attribuées à Marianne Faithfull sur la réédition CD) ou le magnifique « Dead Flowers ». Il est intéressant de lire les notes de pochette aujourd’hui : on s’aperçoit que Mick Jagger joue parfois de la guitare là où on jurerait entendre Keith (« Sway » ou « Moonlight Mile », que Ry Cooder apporte une fois de plus son précieux concours, ainsi que Jack Nitzsche, Nicky Hopkins, Jim Dickinson ou Ian Stewart au piano. Charlie Watts est magnifique comme toujours, fréquemment secondé par les percussions de Jimmy Miller, par ailleurs producteur exemplaire (et cela ne devait pas être facile tous les jours, de produire les Stones vers 1971). Du rock à fond de cale (« Brown Sugar ») au funk graisseux (« Bitch » et l’étonnant « Can’t You Hear Me Knocking » qui se termine sur une longue jam), en passant par du blues pur (« You Gotta Move ») ou sale (« I Got The Blues »), les Rolling Stones deviennent les maîtres du monde avec cet album que les petits-enfants écouteront toujours, médusés, eux aussi (qui a dit défoncés, eux aussi ?).

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !
Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !
Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !

Dans son livre "LIFE", Keith RICHARDS revient longuement sur l'enregistrement de cet album (comme le dit Stan Cuesta dans sa chronique, "cela ne devait pas être facile tous les jours, de produire les Stones vers 1971") et sur sa collaboration avec les musiciens et notamment avec Mick TAYLOR (dont parle Cuesta également).

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !

Certaines des compositions de Sticky Fingers sont basées sur ma conviction que Taylor allait nous donner quelque chose de grand.

Keith Richards dans "Life"

Textes de LIFE de Keith Richards :

Pages 369 et 370 et 371

« La participation de Mick Taylor à la tournée de 1969 avait indubitablement ressoudé les Stones, et on a donc enregistré avec lui l’album Sticky Fingers. Et notre musique a changé aussi, de manière plus ou moins consciente. J’ai commencé à écrire en pensant à Mick Taylor, peut-être sans m’en rendre compte, parce que je savais qu’il était capable de trouver quelque chose de différent, je me disais : « Tu dois lui donner une partie où il prendra vraiment son pied. » Pas toujours la même rengaine, comme ça devait être le cas avec les Bluesbreakers de John Mayall. Je cherchais de nouveaux trucs, en me disant que si j’arrivais à faire bander les musiciens, on ferait bander le public. Certaines des compositions de Sticky Fingers sont basées sur ma conviction que Taylor allait nous donner quelque chose de grand.

A notre retour en Angleterre, on avait « Sugar », on avait « Wild Horses » et « You Gotta Move ». Le reste, on l’a enregistré dans la propriété de Mick, Stargroves, dans notre nouveau studio mobile, le Mighty Mobile, et aussi aux studios Olympic en mars et avril 1970. « Can’t You Hear Me Knocking » est sorti comme une fusée : je venais de trouver l’accordage et le riff, j’ai commencé à jouer et Charlie a chopé le rythme en un clin d’œil, et on s’est dit : « Hé, ça swingue », et donc tout le monde avait la banane. C’est un thème facile pour un guitariste, haché, avec un staccato de rafales d’accords, très direct et ramassé. « Sister Morphine » porte la marque de Marianne, Je connais l’écriture de Mick, ils habitaient ensemble à l’époque, et rien qu’au style je sais que certaines lignes sont de Marianne. « Moonlight Mile », c’est Mick de A à Z. Si je me rappelle bien, il a débarqué avec tout le morceau en place et le groupe n’a eu qu’à trouver la manière de le jouer. Et il sait écrire, Mick ! C’est incroyable, comme il était prolifique. Parfois, tu te demandais s’il n’y avait pas moyen de fermer le foutu robinet. Quand il se pointait avec encore d’autres textes, c’était : « Tu satures la bande, petit. » Ce n’est pas un reproche. Être capable de ça, c’est beau. Ce n’est pas comme de la poésie, ce ne sont pas juste des paroles de chansons : il faut que ça cadre avec ce qui a déjà été créé. C’est ça, un auteur lyrique : un type à qui on donne un morceau de musique et qui définit la partie vocale qui ira le mieux avec. Pour ça, Mick est génial.

Mick Taylor with Mick and Keith
Mick Taylor with Mick and Keith

Mick Taylor with Mick and Keith

Textes de LIFE de Keith Richards :

Pages 371 et 372

C’est à ce moment qu’on a commencé à réunir des musiciens pour le travail en studio, ceux qu’on appelle les « super accompagnateurs », dont certains bossent toujours avec nous. Nick Hopkins est là depuis le début ou presque. Ry Cooder nous a suivis pendant un bon moment. Pour Sticky Fingers, on a renoué avec Bobby Keys, le remarquable saxophoniste texan, et avec son partenaire, Jim Price. On l’avait croisé une fois depuis notre première tournée aux States pendant qu’il enregistrait avec le duo Delaney & Bonnie aux studios Elektra.

Keys et Price étaient en Angleterre pour des sessions avec Eric Clapton et George Harrison, et Mick était tombé sur eux dans une boite de nuit, donc c’était : « Profitons-en tant qu’ils sont là. » Ils formaient la super section de cuivres dont on avait besoin selon Mick, et j’étais d’accord. Le bouledogue texan m’a dévisagé :
« On a déjà joué ensemble, a-t-il déclaré avec son accent inimitable.
- Oui ? Où ça ?
- Fête des jeunes à San Antonio.
- Quoi, tu y étais ?
-Un p’tit peu, bordel ! »

Là, tout de suite, je me suis dit : « Merde, allons-y. » Un grand sourire chaleureux, une poignée de main à broyer de la pierre. Salopard de Bobby Keys ! Et en décembre 1969 on a fait cet enregistrement où Bobby fait rugir son sax sur « Brown Sugar », une proclamation des temps nouveaux comme il n’y en avait pas beaucoup à la radio.

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !

Textes de LIFE de Keith Richards :

Pages 358, 359 …

Bien huilés et chauffés à bloc, on a atterri en décembre (69), aux fameux Muscle Shoals Sound Studios de Sheffield, en Alabama. C’était pratiquement la fin de la tournée, pas tout à fait puisqu’il y avait encore Altamont, quelques jours après. A Muscle Shoals, on a mis en boite « Wild Horses », « Brown Sugar » et « You Gotta Move ». Trois plages en trois jours dans ce studio d’enregistrement à huit pistes, un endroit génial pour travailler, dépourvu de toute prétention. On pouvait entrer et enregistrer tout de suite, sans le tralala de « Ah, on peut d’abord vérifier la basse, là-bas ? ». Le meilleur du meilleur, outre qu’il s’agissait d’une cahute perdue au milieu de nulle part.

C’était comme chez Chess Records, sauf qu’on était au milieu de nulle part et qu’on aurait préféré enregistrer à Memphis. Mais je laisse Jim Dickinson, notre pianiste sur « Wild Horses », décédé depuis, raconter lui-même ce qui s’est passé, puisque c’était un gars de Sud, et donc un bon conteur :

Jim Dickinson : C’est un bout de l’histoire que personne ne connait, parce que même Stanley Booth a choisi, pour des raisons inconnues, de ne pas le rapporter dans son livre, et pourtant c’est par lui qu’ils sont arrivés à Muscle Shoals. Il voyageait avec eux parce qu’il préparait leur biographie et il m’a téléphoné en pleine nuit. Ma femme et moi, on avait fait sa connaissance à Auburn, lors d’un de leurs concerts, mais on ne s’imaginait pas le revoir de sitôt. Pourtant, une semaine ou dix jours plus tard, voilà qu’il m’appelle et me dit : « Tu connais un endroit à Memphis où les Stones pourraient enregistrer ? Ils ont trois jours à la fin de leur tournée, ils viennent de jouer ensemble sur la roue, ils sont chauds et ils ont de nouvelles chansons. »

Je lui ai répondu : « Dis-leur d’aller à Muscle Shoals. Personne ne les connait là-bas. » Et ça s’est révélé exact, mais Stanley l’a mal pris. Il a dit : « Je ne connais pas ces ploucs, comment je vais faire… ? » Je l’ai coupé : « Appelle Jerry Wexler. Il s’occupera de tout. » Ce que j’ignorais alors, et je n’étais pas le seul, c’est que le contrat des Stones avec Decca avait expiré. Enfin, je parie que Wexler le savait, lui, et il a tout arrangé en un clin d’œil.  Une semaine ou dix jours passent et Stanley me rappelle, encore en pleine nuit : « Sois à Muscle Shoals jeudi. Les Stones vont enregistrer mais il faut le dire à personne. Du coup, j’ai pris la voiture de ma femme pour qu’on ne puisse pas reconnaitre la mienne. J’arrive là-bas, le vieux studio était de l’autre côté de l’autoroute, en face du cimetière. En fait, le bâtiment était une ancienne fabrique de cercueils. Vraiment pas grand. Je frappe à la porte et Jimmy Johnson l’entrouvre à peine, me regarde et dit : » Qu’est-ce que tu veux, Dickinson ? » J’explique que je suis venu pour la session des Stones et lui : « Bordel, est-ce que tout Memphis est au courant ? » Je l’ai rassuré : « Non, Jimmy, personne ne sait, t’inquiète ». Il n’y avait pas un chat en studio, ils n’étaient pas encore arrivés. Mais quand ils se sont pointés, c’était le plus gros avion à s’être jamais posé à l’aéroport de Muscle Shoals ! Et comme j’étais avec Stanley, j’ai pu rester. Par la suite, on a entendu plein de gens raconter qu’ils étaient là aussi, mais c’est faux, il n’y avait personne d’autre que nous. On m’a souvent demandé si Gram Parsons était là. Bon Dieu, s’il avait été là, je n’aurais certainement jamais joué au piano ! Ça aurait été lui. Donc absolument personne d’extérieur, non. Et Keith et moi, on a accroché tout de suite, et en attendant Jagger ou je ne sais qui on s’est mis à jammer.

Quand Mick a chanté « Brown Sugar », l’annonce du refrain devait être différente à chaque couplet. J’étais en régie avec Stanley et j’ai dit : « Il a oublié une super ligne ! » Et là, j’entends une voix derrière moi, là où il y avait un canapé. Charlie Watts était là, je ne l’avais pas vu, sinon je n’aurais pas dit ça ! Charlie m’a lancé : « Dis-lui ! » Et moi : « Pas question ! » Alors, Charlie tend le bras, appuie sur la touche du micro et répète : « Dis-lui ! » Et donc, moi : « Euh, Mick, t’as oublié une ligne, je crois. Avant le premier refrain, tu avais chanté jusque-là : « Hear him whip the women just around midnight » (Entendez-le fouetter les femmes autour de minuit, qui est une très belle ligne…) » Et Jagger lâche une vague sorte de rire et dit : « Ah ouais ? Qui c’est qui parle, c’est Booth ? » Et Charlie Watts intervient : « Non, c’est Dickinson. » Et Jagger : « Ah, c’est pareil. » Je ne sais pas trop ce qu’il voulait dire. Un autre petit malin du Sud, j’imagine. Donc, si j’ai droit à une note de bas de page dans la grande histoire du rock’n’roll, nom de Dieu, c’est parce que sans moi Mick ne chanterait pas : « Hear him whip the women ».Dickinson était un formidable pianiste. Je l’ai peut-être pris pour un musicien country à l’époque, mais c’est sans doute parce qu’il était du Sud ; j’ai vite compris que son registre était bien plus vase que ça.

 

The Stones at Muscle Shoals Sound StudioThe Stones at Muscle Shoals Sound Studio

The Stones at Muscle Shoals Sound Studio

Jim Dickinson, le seul musicien présent en dehors des Rolling Stones et de Ian Stewart, était perplexe quand on a commencé à répéter « Wild Horse » le troisième jour et que Stu est resté à l’écart. Le thème commençait sur un accord en si mineur, or Stu refusait de jouer en mineur, il appelait ça de la « putain de musique chinoise ». C’est comme ça que Dickinson a eu l’occasion de jouer avec nous sur ce thème.

« Wild Horses » s’est composé presque tout seul. Une fois encore, l’expérimentation avec l’accordage y était pour beaucoup. J’ai d’abord trouvé les accords sur une douze-cordes, ce qui donne sa personnalité et son ambiance à la chanson. La douze-cordes convient bien à l’expression d’une certaine sensation de tristesse esseulée. […] Ca a été l’un de ces moments magiques où tout se met en place. Comme « Satisfaction » : tu le rêves et brusquement, c’est là, sous tes doigts. Une fois que tu as eu la vision de wild horses (chevaux sauvages),, quels sont les mots qui vont suivre ? Forcément couldn’t drag me away (pouvaient pas m’emporter). C’est l’un des trucs fabuleux de la composition de chansons : ce n’est pas une expérience intellectuelle. On peut évidemment avoir à se servir de son cerveau ici et là mais, au fond, c’est surtout la capacité à saisir des moments. Jim Dickinson – que sa mémoire soit bénie, car il est mort le 15 août 2009, pendant que j’écrivais ce livre, - a voulu expliquer plus tard de quoi « parlait » « Wild Horses », mais je n’y crois pas. Je n’ai jamais conçu la composition de chansons comme une façon de tenir un journal intime, même si avec le recul tu t’aperçois que c’est en partie pareil.

Le récit de Dickinson m’a remis en mémoire la vitesse à laquelle on a travaillé. On était chauds à cause de la tournée, mais quand même, Jim se souvenait que « Brown Sugar » et « Wild Horses » avaient été bouclées en deux prises, ce qui ne s’est jamais reproduit par la suite, quand je passais au peigne fin quarante ou cinquante versions d’un thème à la recherche de l’étincelle. […]
Voici une dernière observation de Jim sur cette séance d’enregistrement peut-être historique, puisque nous jouons encore aujourd’hui ces mêmes titres :

Jim Dickinson : Le premier soir, ils ont commencé à jouer « Brown Sugar », mais sans enregistrer. J’ai regardé Mick écrire les paroles. Ca a dû lui prendre trois quarts d’heure, au plus. C’était dégueulasse ! Il écrivait aussi vite que sa main pouvait aller. J’avais jamais rien vu de pareil. Sur un bloc-notes jaune banal, un couplet par page, et dès qu’il a eu trois pages pleines, ils ont attaqué. Incroyable ! Si vous écoutez les paroles sur le disque, il dit : Skydog Slaver (Chien du ciel esclavagiste), même si dans les versions écrites c’est toujours : Scarred old slaver (Vieil esclavagiste balafré). Pourquoi ? A Muscle Shoals, on surnommait le guitariste Duane Allman « Skydog », parce qu’il planait sans arrêt. En entendant le mot, Jagger a trouvé ça cool et s’en est servi. Il écrivait sur le fait de se trouver dans le Sud, pour de bon. C’était hallucinant, de le regarder faire. Et ça a été pareil avec « Wild Horses ». Keith avait écrit une berceuse, une chanson à propos de Marlon et de sa réticence à partir loin alors qu’il venait d’avoir un fils. Mais Jagger a réécrit le tout et c’est devenu quelque chose qui parlait assez clairement de Marianne Faithfull. Il était comme un ado amouraché quand il pensait à elle et c’est ce qu’exprime la chanson. Ça lui a demandé un peu plus de temps, mais pas trop : une heure, disons.
Ça se passait comme ça. Keith lâchait quelques mots, puis des grommellements et des grognements. Et quelqu’un demandait à Mick : « T’as compris ? » Et Jagger le regardait fixement et répondait : « Bien sûr. » On aurait dit qu’il était en train de traduire !
Elles étaient incroyables, les parties vocales. Le dernier soir, ils se sont mis tous les deux devant le même micro, côte à côte, et en se repassant un quart de bourbon ils ont chanté le lead et la deuxième voix. Ils ont fait les trois thèmes, aussi vite qu’ils pouvaient.

Et après, nous sommes passés de Muscle Shoals au circuit auto d’Altamont, du sublime au grotesque.

The Muscle Shoals Sound Studio in Sheffield, Alabama

The Muscle Shoals Sound Studio in Sheffield, Alabama

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !

La pochette d'Andy WARHOL

La photographie de cette pochette représente un entrejambe masculin serré dans un jeans étroit. Avec, dans le version originale vinyle évidemment, une vrai fermeture éclair intégrée à la pochette. Une braguette qui fonctionne et quand on la fait descendre, ... je vous laisse imaginer la suite ... et bien, on découvre un magnifique slip en coton blanc.

Ce zip posera d'autres problèmes logistiques, comme on le voit dans l'article ci-dessous.

C'est aussi la première apparition du mythique logo (la bouche et la langue rouges, marque de fabrique des Stones, à vie !) réalisé par John Pasche.

 

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !
Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !
Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !
CREDITS :
  • Mick Jagger – chant, percussion sur Brown Sugar, guitare rythmique sur Sway, guitare acoustique sur Dead Flowers et Moonlight Mile
  • Keith Richards – guitare rythmique, guitare acoustique sur Brown Sugar, You Gotta Move, I Got the Blues et Sister Morphine, guitare 12 cordes acoustique sur Wild Horses, guitare solo sur Brown Sugar, Wild Horses, Can’t You Hear Me Knocking, Bitch et Dead Flowers, chœurs,
  • Mick Taylor – guitare solo, guitare acoustique sur Wild Horses, guitare rythmique sur Can’t You Hear Me Knocking, guitare solo et rythmique sur Bitch, guitare slide sur Sway et You Gotta Move
  • Bill Wyman – basse, piano électrique sur You Gotta Move
  • Charlie Watts – batterie

Musiciens additionnels The Rolling Stones Sticky Fingers

 

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !

J'entends des profondeurs s'élever une protestation confuse : Au sujet, au sujet ! (c'est du Aragon ;) ... la musique, la musique !

OK OK, j'y viens ..

10 titres au total, c'est le standard de l'époque, 5 morceaux par face de la galette vinyle...

10 titres et que des tubes, ou presque !

Ca commence fort, droit au but avec Stones comme souvent pour ouvrir un album.

Et quel titre "Brown Sugar", une super intro, un rythme endiablé et ca swingue super bien !
C'est Keith qui a le dernier mot (as usual) :
"Et en décembre 1969 on a fait cet enregistrement où Bobby fait rugir son sax sur « Brown Sugar », une proclamation des temps nouveaux comme il n’y en avait pas beaucoup à la radio."

Ensuite, et c'est une autre force (y'en a tellement) sur ce disque, on alterne avec une douceur bluesy appelée "Sway" où la voix de Jagger atteint des sommets et un final magnifique avec la guitare de l'autre Mick.

Puis vient encore un haut sommet avec ce "Wild Horses" dont on a beaucoup parlé ci-dessus par la voix de Jim Dickinson surtout !
LA balade préférée de Mick J., dixit l'interview de Bill Wyman et MJ dans le NME du 24 avril 1971 !

La suite, c'est juste du bonheur à l'état pur, l'intro de "Can't You Hear Me Knocking", la chanson la plus longue de l'album et qu'on souhaiterait voir durer encore plus ...
La voix est énorme après la rappe de guitare de Keith et les parties de guitare des 2 acolytes sont à tomber. Celle-là est la préférée de Wyman.
Je répète ce qu'écrit Stan Cuesta dans Rock & Folk :
"Keith Richards devient lui-même et trouve son style, souvent imité, jamais égalé, fait d’accords cradingues lâchés comme lui seul saura jamais le faire, qui se marie délicieusement avec celui de Mick Taylor, léché, précis, mélodique".

Éreinté, fou de bonheur (j'exagère à peine), on finit la face 1 avec ce petit blues bien senti "You Gotta Move", reprise de Mississippi Fred McDowell. La voix de Jagger est plus basse et les guitares sont chantantes.
 

« Sticky Fingers » est donc, entre autres, une véritable encyclopédie de guitares », Stan Cuesta a définitivement raison !

Article du NME du 24 avril 1971
Article du NME du 24 avril 1971Article du NME du 24 avril 1971

Article du NME du 24 avril 1971

La face 2 attaque fort avec l'énergique "Bitch", les Stones rouvrent directement l'encyclopédie de guitares, en rang serré. Mick dira au NME "Keith's soul ballad"

"I Got The Blues" de Jagger/Richards est un bon gros blues bien langoureux où l'orgue de Bill Preston fait des merveilles ainsi que la section cuivres !

Puis cette intro, guitare sèche, tout en toucher, cette voix qui s'immisce ...
c'est "Sister Morphine", qui a fait couler tellement d'encre, sur la participation ou non de Marianne Faithfull à la composition.
C'est encore Keith qui aura le dernier mot dans son bouquin Life en 2010 :
"« Sister Morphine » porte la marque de Marianne, Je connais l’écriture de Mick, ils habitaient ensemble à l’époque, et rien qu’au style je sais que certaines lignes sont de Marianne."

"Sweet, Cousin Cocaine" ... no comment !

Quelle chanson quand même, magnifique jusqu'au bout et ces parties de guitares et de slides de Ry Cooder (encore l'encyclopédie !).

Un peu de country à la Byrds pour finir (ou presque) avec ce "Dead Flowers" en roue libre ! J'adore la voix (plus grave) sur ce morceau et Keith s'amuse comme un fou (peut-être l'influence de Gram Parsons qui, malgré tout ce qui a été dit, ne joue pas sur cet album) !!

Le disque se termine sur ce morceau d'anthologie et les 6 minutes de "Moonlight Mile".
Bill Wyman dira que le remier titre de cette chanson était "The Japanese Thing" d'où son côté orientalisant et orchestral ! Keith bizarrement ne joue pas sur ce morceau et ce sont les 2 Mick qui grattent avec Charlie et Bill ainsi que Jim Price au piano.

Un finish tout en douceur pour un album de folie !!

 

Bel article dans le Rolling Stone France d'avril 2021 !

Bel article dans le Rolling Stone France d'avril 2021 !

Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !Quelle belle année 1971 - STICKY FINGERS des ROLLING STONES !
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article