Quelle belle année 1971 - LED ZEPPELIN IV !

Publié le 28 Novembre 2021

Quelle belle année 1971 - LED ZEPPELIN IV !

Commençons par la chronique de François DUCRAY dans le Rock & Folk HS n°34.

Quelle belle année 1971 - LED ZEPPELIN IV !
Quelle belle année 1971 - LED ZEPPELIN IV !Quelle belle année 1971 - LED ZEPPELIN IV !

Pépé au fagot dans son cadre, pas de nom de groupe, pas de titre dehors. Le grand rien. Un monde meurt. Dedans l'antre du forgeron, avec "Black Dog" aboyeur à l'entrée : le Zeppelin vous salue bien ! On croit se souvenir d'amis, rayés depuis, arguant en faveur de "Who's Next", d'autres, incontinents ventilés, s'empourprant d'aise à l'écoute de "Machine Head", et on a oublié ces malheureux qui citaient Black Sabbath... Car enfin, qui parlait, là, sinon le Maître de la Foudre, le Prince des Tornades, le Ramsès du Rock nouveau, Jimmy Page soi-même, stratège parmi les stratèges, Clausewitz du heavy métal ? Et l'implacable Zeppelin n'avait-il pas été engendré de toute éternité pour arriver à ça : l'alliance de Vulcain et d'Eole, dieux romains du Feu et du Vent ? "IV", triomphait-on, bien que prêt à mettre deux genoux à terre quand parut, superbe et magnanime, le trop certain vainqueur. "IV" donc est la conséquence inéluctable et sans bavure de ses trois prédécesseurs : du premier, il a estompé les traces de blues jusqu'à presque les effacer, n'en conservant que les bases, une lueur inquiétante de l'esprit et cette sidérante virtuosité ("Misty Mountain Hop", "Four Sticks", "When The Levee Breaks" et ses accords en vrille). Du "II" (surnommé par les kids américains le Brown Bomber), il retrouve, en la multipliant par l'expérience, l'envie, la voracité acquises sur scène, l'incoercible brutalité ("Black Dog" et "Rock And Roll", dont la logique eut voulu qu'ils caracolent en single, ce que l'orgueilleuse tactique pagienne refusa évidemment). Du "III" merveilleux, mésestimé, plus riche et plus contrasté qu'on ne crût, il reprend avec morgue les teintes folk-rock piégées, les amplifiant et les outrant à la mesure de la vanité blessée des musiciens ("The Battle Of Evermore", justement, avec l'opposé en jupes longues de Robert Plant, Sandy Denny de Fairport Convention, l'épique et inamovible "Stairway To Heaven" et l'auto-caricatural "Going To California", en référence à leurs orgies angeleniennes). Ils savaient. Ils avaient forcément raison : "IV" n'est qu'un tout monstrueux. le metal a son zénith : zeppeliné, inaltérable.

Quelle belle année 1971 - LED ZEPPELIN IV !

Tout est dit, ou presque, par Ducray !

D'abord la pochette et ce "Pépé au fagot" de derrière les ... 😆

Puis cette référence à l'intro de l'album et ce cri de "Black Dog", suivi des références aux autres groupes de l'époque (certains dont on a déjà parlés ici) comme le "Who's Next" des WHO, le "Machine Head" à venir de DEEP PUPLE et aussi les BLACK SABBATH !

Ensuite, l'apologie du maître es-guitare, le leader du groupe Jimmy PAGE et l'énumération des III albums précédents pour introduire les 8 titres de ce nouvel album !

Tout y est ...

Led Zep à la ville, à la scène !
Led Zep à la ville, à la scène !

Led Zep à la ville, à la scène !

Revenons sur la genèse de ce chef d’œuvre !

"Depuis un an, le quatuor couchait des titres sur bande. Commencées au Studio Island dès le glacial mois de décembre 1970, les séances avaient repris dans un vieux manoir posé dans la campagne anglaise où Fleetwood Mac avait ses habitudes.

En un mois, l’album est presque terminé. Abondance créative : d’autres morceaux (“Boogie With Stu”, "Nightflight’) se retrouveront quatre ans plus tard sur “Physical Graffiti”.

Mais surtout les musiciens habitent ensemble, vivent sur place et enregistrent au gré de leurs envies, "sans tomber dans le quatre-vingt-seize prises d’affilée".

Évidemment, cette ambiance est payante : lors d’une déconnade sur le “Keep A Knockin” de Little Richard, Bonzo (alias John BONHAM, le batteur du groupe) délimite une intro fulgurante sur laquelle Page renchérit sèchement. A l’arrivée, “Rock And Roll”, chef-d’œuvre de concision, d’humour et de bravoure.

De retour à Londres, chez Island, les quatre compères peaufinent lentement un mois de bande et terminent notamment "Four Sticks” (boogie sur lequel Bonzo fracasse ses caisses avec quatre baguettes, deux dans chaque main).

Mais surtout Page veut un grand studio pour réussir ce qu’il pressent comme un énorme moment épique : “Stairway To Heaven”.
A la demande de Page, John Paul Jones construit un arrangement qui monte crescendo, bougeant le tempo, l’accélérant. Le solo initial est enregistré en un éclair, Jimmy ayant ressorti de son étui la fameuse Telecaster psychédélique qu’il utilisait à l’époque des Yardbirds.

Quelle belle année 1971 - LED ZEPPELIN IV !

Et la pochette ? Cette fameuse pochette cryptique ?

Pour ses trois premiers albums, Jimmy Page, vieil élève en communication visuelle, avait su pénétrer les esprits par des visuels délirants. Cette fois, il part d’une photo de vieux portefaix dénichée dans une brocante de Reading :

“Ce vieil homme portant un fagot est en harmonie avec la nature. ” Le mystérieux portrait est photographié dans un ensemble de HLM en destruction, dans la ville de Duddley.

La pochette est sans nom, sans titre, sans numéro de catalogue, ni référence.

Chez Atlantic, on parle soudain de « suicide commercial ». Le groupe cherche-t-il la guerre avec sa maison de disques ? De fait, c’est un certain nombre de journaleux mal embouchés que Led Zeppelin visait. Depuis deux ans, une meute de critiques criblait le dirigeable de banderilles barbelées, affirmant que le succès de ses trois premiers albums était imputable à une colossale stratégie publicitaire et non à un talent musical.

Avec cette pochette totalement vierge de toute inscription, Jimmy Page veut « laisser parler la musique ». Fort heureusement, la musique de Led Zeppelin IV est fabuleuse : riffs chromés, batteries nucléaires et hurlements de prima donna sertis d’arrangements roués. Le Zeppelin à son plus haut niveau.

Numéro un en Grande-Bretagne durant un mois, le quatrième Zeppelin est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs albums de tous les temps, un de ceux qui ont changé la face du rock, la vie des fans et encore plus certainement la fortune des musiciens."

Quelle belle année 1971 - LED ZEPPELIN IV !

La musique, la musique !!

Nous y voici, au grand œuvre des 4 zozos de LED ZEPPELIN et les 8 chansons de ce "LED ZEP IV" !

Quelle belle année 1971 - LED ZEPPELIN IV !
"Hey hey mama said the way you move
Gonna make you sweat, gonna make you groove"
 
Ca va groover, on le sent tout de suite avec cette intro démonique de "BLACK DOG" et la voix aiguë et chaude de Robert PLANT !
 
Le son est énorme, John "Bonzo" BONHAM frappe comme à son habitude comme une mule sur ces fûts de batterie suivi par son compère bassiste John Paul JONES et la guitare du "dieu du feu et du vent" qu'est Jimmy PAGE est fulgurante !
 
La chanson est zeppelinienne, non linéaire, remplie de breaks, de cris, de guitares saturées, pas une chanson classique mais qui en deviendra un (classique) par le génie du groupe.
 

Quelle intro encore ici avec ce 2ème titre "ROCK AND ROLL" !

BONZO aux manettes et PAGE aux riffs !!

"It's been a long time since I rock and rolled
It's been a long time since I did the stroll"

La voix de PLANT est toujours aussi juste et magnifique, JONES joue comme un métronome avec BONHAM en bûcheron et PAGE claque un solo de folie.

Comme dit plus haut - A l’arrivée, “Rock And Roll”, chef-d’œuvre de concision, d’humour et de bravoure.

Le 3ème titre est "BATTLE OF EVERMORE" et dans un autre style, celui-ci est encore un chef d’œuvre.

Le ton redescend après les fulgurances des 2 premiers titres.
Intro de Page à la mandoline, puis les arpèges aériennes des voix mêlées de Robert Plant et de Sandy Denny (chanteuse des Fairport Convention) atteignent des sommets de beauté orientale.

On pense ici au style qui sera développé plus tard sur les albums "Houses of the Holy" et surtout "Physical Graffiti"

Je mets ci-dessous 2 versions très originales, une de "Page & Plant" lors de leur tournée de 1994 et une autre avec Robert Plant et Kristina Donahue en 2008 avec le groupe Fairport Convention.

Enfin, pour finir en beauté cette face historique du Rock & Roll, voici l'épique, l'immense, l'iconique "STAIRWAY TO HEAVEN" si connue !

Cette intro à la guitare magnifique, que tous les guitaristes en herbe ont essayé de jouer ...

Puis la voix :

"There's a lady who's sure all that glitters is gold
And she's buying a stairway to heaven"

...
There's a sign on the wall, but she wants to be sure
'Cause you know sometimes words have two meanings"

En voilà une phrase qui a fait couler beaucoup d'encre ... L'histoire, encore l'histoire !

8 minutes de bonheur musical avec une première partie tout en douceur, et en cri (de joie) de Plant puis crescendo le son monte jusqu'au moment où Bonzo décide d'accélérer le bouzin ... Et là, ça part, tranquille d'abord pour monter vers une explosion où culmine le solo de guitare mythique de Page !

Puis, après un dernier criiiii, tout retombe pour finir par le début, la boucle est bouclée, on est au sommet ... le paradis est atteint !!

Fin de la première face et quelle face !
Peut-être la plus belle du ROCK & ROLL ...

Début de la seconde avec l'entêtant "MISTY MOUNTAIN HOP", rock à souhait, où la rythmique de Jones et Bonham est mise en avant.

Les titres sont ici moins connus que sur la première face (et pour cause) mais il y a du niveau comme sur ce "FOUR STICKS" tonitruant, mené par les 4 baguettes de Bonzo, d'où le titre.
Ce titre a été plus compliqué que les autres à enregistrer apparemment, et comme expliqué plus haut "De retour à Londres, chez Island, les quatre compères peaufinent lentement un mois de bande et terminent notamment "Four Sticks” (boogie sur lequel Bonzo fracasse ses caisses avec quatre baguettes, deux dans chaque main)".

Suit le morceau le plus court et le plus calme de l'album, ce "GOING TO CALIFORNIA" acoustique et de toute beauté où Page fait admirer sa dextérité et Plant sa voix de cristal. Le titre a été inspiré par Joni Mitchell qui, décidément, avait de nombreux fans sur la côte californienne.

Et pour finir, arrive l'énorme "WHEN THE LEVEE BREAKS", 2ème morceau le plus long après "Stairway".
Ah! ce rythme en intro, ce style Bonzo très caractéristique qui faisait de John Bonham le plus grand batteur de son temps (et même de tous les temps, élu par Rolling Stone Magazine en 2016).  Une minute trente d'intro ... puis la voix de Plant se pose là !

Le titre est inspiré d'un blues écrit par Memphis Minnie et Kansas Joe McCoy en 1929.
Le riff et la rythmique sont en boucle tout au long de la chanson, ce quI la rend entêtante et fantastique. Elle est surtout mise en valeur par la puissance de Bonzo, probablement l'homme le plus important pour rendre cette musique totalement géniale !

CREDITS :
Personnel supplémentaire
  • Peter Grant : producteur exécutif
  • George Chkiantz : mixage
  • Andy Johns : ingénieur du son, mixage
  • Graphreaks : design
  • Barrington Colby Mom : illustration intérieure (The Hermit)

Rédigé par Franck Soutgall

Publié dans #1971, #Music

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