29 Mars 2021
Ma dernière visite au GRAND PALAIS bien aimé, il y a tout juste un an, début 2020.
La foule dans les salles !!
Autour des XX
Lautrec a jusque-là retenu ses chevaux, n’exposant pas au Salon ou s’en faisant exclure à dessein. Mais tout s’accélère durant l’hiver 1887-1888. Sa peinture s’est décisivement imprégnée des recherches impressionnistes en y faisant le tri que s’imposait un jeune artiste soucieux de secouer l’hédonisme de ses aînés. Avec Van Gogh, Bernard et Anquetin, Lautrec expose dans un restaurant de l’avenue de Clichy. Au même moment, l’avant-garde bruxelloise lui offre une vitrine plus efficace.
La Société des XX s’est créée autour de la volonté d’exhiber les audacieux de toute nationalité. En février 1888, onze de ses œuvres franchissent les frontières. Trois des tableaux exposés alors sont réunis ici, le portrait de la comtesse Adèle, le portrait de Van Gogh et ce que Lautrec tenait pour le chef-d’œuvre, Au cirque Fernando. Il donne le beau rôle à une jeune rousse, très maquillée, s’apprêtant à se dresser sur le dos d’un cheval au galop, puis à se jeter à travers un écran de papier. Tout est ici déformé et abrégé, des personnages à l’espace volontairement hétérogène, sous l’effet d’une perception qui s’emballe. Une seule autre présence féminine surnage dans cet univers virilisé, avec humour, par la silhouette érectile de Monsieur Loyal et l’impudeur du cheval. Lautrec tire du commun une grâce et une vigueur inattendues.
Plaisir capital
Dès 1886, alors qu’il se met au service d’Aristide Bruant, Lautrec a compris le potentiel poétique et commercial des lieux de plaisir de Montmartre. Surveillés par la police, ils attirent sur la butte et ses abords une population mêlée, source d’une économie dont participe le monde des journaux et des images. Tout se tient et conforte en Lautrec le souci d’analyser les comportements humains là où ils dévoilent leur part d’animalité et d’excentricité. L’attrait du plaisir ne sourit pas seulement à l’hédonisme du peintre : la danse, les alcools et le sexe sont des révélateurs. Ils transcendent les classes sociales et assurent ainsi au peintre une matière et une dramaturgie nouvelles. Au vu des chefs-d’œuvre des années 1889-1893, ceux qui imposent le monde inquiétant des bals publics, des cafés-concerts et des cabarets, la presse du temps parle de « comédie funèbre ». Faux : Lautrec ne stigmatise pas plus les enfants du peuple que les nantis. Hommes et femmes s’examinent, se jaugent, se cherchent et parfois se trouvent. Tout un théâtre d’attentes se déploie dans l’espace de tableaux concentrés sur leurs protagonistes. La couleur laisse vivre le dessin souverain et accuse le fantasque des lumières artificielles.
En descendant vers la 2ème partie de l'exposition !
A suivre ...