30 Avril 2023
Nous voici au mois d'avril 1973 qui est moins fourni que les 3 premiers mois de l'année.
Moins de quantité, seulement 3 albums, mais quelle qualité et quel éclectisme !!
3 albums et 3 nationalités, une fois n'est pas coutume avec un jamaïcain, un anglais et des américains.
Bob Marley et ses Wailers sortent ce mois-ci (il y a 50 ans 😊) leur premier album sur un label majeur (Island), "Catch a Fire" après 3 premiers albums en 1970 et 1971. Et le monde de "s'enflammer" avec les jamaïcains (malgré cette pochette osée avec Bob, énorme joint au bec) !
Le disque sera un succès international énorme, la musique reggae va se démocratiser grâce à cet album et celui qui suivra rapidement en fin d'année (Burnin').
L'anglais, c'est David Bowie qui continue à étoffer sa discographie parfaite, après le "Hunky Dory" de '71 puis le "Ziggy Stardust" de '72, et qui sort un "Aladdin Sane" dans la continuité rock du précédent. Album pop rock à souhait avec ces tubes ("The Jean Genie", "Watch That Man"), ses chefs d’œuvre ("Drive-In Saturday", "Panic in Detroit") et sa reprise des Stones ("Let's Spend the Night Together").
Album et pochette mythiques pour Bowie, "a lad insane" essayant de conquérir l’Amérique !
L'Amérique, ils connaissent, ils y vivent, ce sont les californiens de The Eagles, qui sortent leur 2ème album "Desperado" en 1973. Le groupe de Country Rock emmené par les 2 leaders Don Henley et Glenn Frey commence une belle discographie qui durera tout au long des 70's avec cet album rock où les guitaristes s'en donnent à cœur joie. A noter plusieurs titres composés avec l'aide de Jackson Browne dont on reparlera plus tard dans l'année !
Avril 1973
Bob MARLEY "Catch a Fire"
David BOWIE "Aladdin Sane"
EAGLES "Desperado"
Bob MARLEY "Catch a Fire"
Avant 1973, la musique reggae est une musique pour les jamaïcains et la communauté antillaise exilée en Angleterre. La majorité des chansons tournait autour du plus fédérateur des sujets, le sexe ! Bonnard pour les discothèques.
Mais le patron de la maison de disque Island, Chris Blackwell estimait qu'il suffirait de quelques compromis pour intéresser les marchés européen et américain, comme d'envisager la sortie d'un album avec une dizaine de chansons organisées autour d'un thème central. Encore fallait-il trouver l'artiste susceptible de porter un tel concept.
Et c'est là que Bob Marley et ses 2 compères et wailers historiques, Peter Tosh et Bunny Wailer, entrent dans le bureau du patron ! Et s'engouffre avec lui une culture au dépaysement radical, sa cohorte de costumes, de mots et de symboles, sa vision du monde imprégnée de millénarisme et de prophéties et plus encore, une vibration inconnue (rastaman vibration ...).
"Catch a Fire" est le premier disque de reggae conçu comme un album rock.
Bien que les Wailers s'octroient quelques instants de légèreté sur "Kinky Reggae" et "Rock It Baby", l'album est construit sur une imparable logique dialectique unissant aliénation et rébellion. La description d'une situation contemporaine sur "Concrete Jungle", l'évocation d'une condition historique avec "Slave Driver" et "400 Years", alimentent le feu d'une révolution (rasta) dont ce disque est la première mèche. Le premier couplet d'un flamboyant cantique de la racaille.
Sans oublier le tube "Stir It Up" !
Texte largement inspiré de la chronique de Francis Dordor sur le Rock & Folk HS n°34 de 2016.
David BOWIE "Aladdin Sane"
Les premiers albums de David Bowie sont tous fabuleux, pas facile d'en sortir un du lot. Chacun a son favori. Pour moi, c'est le "Hunky Dory" de 1971 dont j'ai largement parlé il y a 2 ans. Pour d'autres, c'est bien entendu un des plus connus, le "Ziggy Stardust" de 1972. Pour d'autres encore, ce "Aladdin Sane" de 1973 est le n°1 !
Rien que la pochette est mythique avec cet éclair lumineux peint sur le visage de Bowie, un coup de (jean) génie qui restera comme une image intemporelle de David Jones.
Et ce titre au jeu de mot improbable avec Aladdin, car a lad insane veut dire un mec taré !
Ici, la musique est très glam rock, avec ce "Watch That Man" de feu pour commencer, où la guitare de Mick Ronson et le piano de Mike Garson sont omniprésents.
Garson et son piano reste en avant sur le morceau-titre suivant, une ballade magnifique de plus de 5 mn. Puis ca redevient rock 'n' roll avec les 2 titres suivants, mes 2 préférés que sont "Drive-In Saturday" et "Panic in Detroit". Bowie veut conquérir les États-Unis et met tout son talent pour y parvenir.
La suite est du même acabit avec l'ouverture lyrique de la 2nde face et ce "Time" hors du temps (Garson toujours aux commandes). Puis Ronson reprend les rênes et le son rock fait son retour avec les 3 chansons suivants, "The Prettiest Star", la reprise des Rolling Stones "Let's Spend the Night Together" et enfin "The Jean Genie" chanson rock 'n' roll (au riff énorme à la Bo Diddley) qui est un calembour (plus ou moins volontaire) autour du nom de l'écrivain français Jean Genêt.
"Lady Grinning Soul" clôt l'album de façon magnifique, Garson et son piano style latino et Ronson avec sa guitare au son un peu flamenco.
"She will be your living end ..."
EAGLES "Desperado"
The Eagles est probablement un des groupes les plus adulés et critiqués en même temps, avec leur rock FM qui marche du tonnerre ! Mais durant les 70's, les nuits américaines leur appartiennent et les histoires circulaient sur Glen Frey (fils de Detroit) et Don Henley (le texan) deux drôles d'oiseaux défoncés, carbonisés par le succès et incapables de gérer leur énorme gloire !
Mais en 1973, à l'heure où ce 2ème album "Desperado" sort, nous n'en sommes pas encore là et les américains, qui enregistrent à Londres, sortent une de leur "classic album" qui sera n°1 aux USA, comme beaucoup de leurs disques.
Les 2 compères Frey et Henley sont aux manettes sur des chansons hautes en couleur et en romance (les rois de la ballade et du slow langoureux) comme l'intro "Doolin-Dalton", "Tequila Sunrise" ou la chanson-titre "Desperado". On note qu'un petit nouveau leur file un coup de main en signant 3 chansons de l'album et ce nouveau appelé Jackson Browne ne tardera pas à sortir son 2ème album solo en 1973 (dont on reparlera à l'automne).
La route des radios (FM) des Eagles est toute tracée ... jusqu'à l'apothéose de 1976 avec "Hotel California" !